Bien repérer pour mieux accompagner

Le repérage des personnes radicalisées ou en voie de l’être est essentiel afin de leur apporter l’accompagnement dont elles ont besoin et de prévenir tout passage à l’acte violent. Ce repérage doit cependant être suffisamment fin pour centrer le travail sur les personnes concernées et non être étendu à des personnes qui ne présentent aucun risque. Il est donc nécessaire de se baser sur des outils éprouvés et de s’appuyer sur une chaîne structurée et professionnalisée.

Infographie CIPDR : du signalement à la détection

De qui parle-t-on ?

Le CIPDR envisage la radicalisation avec le prisme du risque de passage à l’acte violent, lequel fonde la construction d’une réponse publique préventive. En effet, la République ne saurait contester une croyance ni même l’expression de cette dernière tant qu’elle n’incite pas à la haine. Elle doit, en revanche, veiller à ce qu’elle n’implique pas une mise en danger de soi-même ou des autres. La définition de la radicalisation du sociologue Fahrad Kosrokhavar correspond à cet angle : « processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d’action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux qui conteste l’ordre établi sur le plan politique, social ou culturel.»  

Il importe donc de pouvoir examiner avec discernement les situations qui interpellent, génèrent un doute. C’est pourquoi le SG-CIPDR a élaboré une grille d’indicateurs du basculement vers la radicalisation. Il s’attèle également à réaliser un outil permettant d’évaluer la sortie de la radicalisation. Dans un cas comme dans l’autre, aucun indicateur ne peut être en soi suffisamment signifiant. C’est bien à partir d’un faisceau d’indices concordants et du sens qui peut leur être attribué selon le profil et la situation de la personne qu’il peut être établi qu’elle est ou n’est plus radicalisée ou en voie de l’être. Ces critères doivent être appréciés avec la plus grande prudence, raison pour laquelle cette étape relève de professionnels aguerris.

 

Qui met en œuvre le repérage ?

Ce sont les personnes en lien avec des personnes radicalisées ou en voie de l’être qui peuvent s’inquiéter et transmettre leurs interrogations : famille, voisins, amis, enseignants ou collègues, professionnels de santé, personnels animant une action sociale, culturelle, sportive ou de loisir… Il importe pour cela d’avoir bien conscience qu’il s’agit non pas de dénoncer quelqu’un mais bien de permettre, si besoin, sa protection et celle de la société.

Le CNAPR (Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation) a donc été mis en place en 2014 afin de leur assurer une écoute attentive, leur délivrer des conseils et, le cas échéant, déclencher le suivi nécessaire. Géré par l’UCLAT (Unité de coordination de la lutte contre le terrorisme), il peut être contacté via un formulaire en ligne ou joint gratuitement du lundi au vendredi de 9h à 18h par tout particulier, tout professionnel qui craint qu’une personne de sa connaissance soit radicalisée :

Numéro vert

A l’issue de l’entretien, le professionnel du CNAPR pourra rassurer l’appelant : soit la situation en question ne semble pas relever de la radicalisation, soit une orientation pertinente sera mise en œuvre. En effet, dès lors que la radicalisation est avérée, le CNAPR transmet ses éléments au département de résidence de la personne concernée pour que soit déployé un accompagnement psycho-socio-éducatif ou un suivi par les services de renseignement. Les États Majors de sécurité mis en place dans tous les départements affinent l’évaluation de l’éventuelle dangerosité des situations qui leur sont transmises par le CNAPR afin d’arrêter la suite à leur donner. Ils transmettent également à l’UCLAT les informations qu’ils collectent sur le terrain.

Entre le 29 avril 2014 et le 31 décembre 2017, le CNAPR a reçu 56680 appels et 5344 formulaires. En complément de cette plateforme nationale de signalements, le Gouvernement a développé un dispositif territorial. Dès 2014, les préfectures ont ainsi été invitées à créer, en leur sein, une structure que sont les états-majors de sécurité (EMS) départementaux qui ont entre autre pour mission de détecter des personnes radicalisées . La part désormais prépondérante  des EMS  dans le signalement (plus de 60% des signalés contre 40% par le numéro vert) atteste de l’appropriation de plus en plus prégnante par les territoires et les agents de l’état de la prévention de la radicalisation.

L’UCLAT recueille les signalements reçus au CNAPR via le numéro vert et les formulaires internet du site www.stop-djihadisme.gouv.fr. Elle centralise aussi les signalements provenant des États-majors de sécurité (EMS) des préfectures. Elle administre, grâce à l’ensemble de ces signalements, le Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Un fichier qui au 20  février 2018 recense 19 745 individus.