Le désengagement plutôt que la déradicalisation

Le Plan national de prévention de la radicalisation (PNPR) adopté le 23 février 2018  prévoit la prévention de la radicalisation et le désengagement. Le terme de désengagement correspond à un objectif  de renoncement à la violence distinct d’un objectif de déradicalisation qui impliquerait une modification des convictions et de la façon de penser de la personne . C’est l’objectif principal des différentes actions expérimentées et menées au cours de ces deux dernières années et celles prolongées par le PNPR. Des actions qui visent deux grands types de public : les enfants de retour de zone de conflit irako-syrienne et les détenus radicalisés.

Les mineurs de retour de zone de conflit irako-syrienne : anticiper un éventuel retour massif

Dans la perspective du retour sur le territoire national des mineurs français ( 77 à l’été 2018, dont 56 de moins de 10 ans et 14 de moins de 3 ans), présents sur zone de combat en Irak et en Syrie, les services de l’État œuvrent  à la définition d’une prise en charge adaptée au moyen d’une coordination interministérielle. Une prise en charge qui considère à la fois que ces enfants  ont été  mis en danger par leurs parents qui les ont fait séjourner en zone de guerre et qu’ils constituent également une menace potentielle pour la sécurité.

Ainsi, le Premier ministre a pris le 23 février 2018 une nouvelle instruction inte1ministérielle, laquelle se substitue à l’instruction du 23 mars 2017. Une instruction qui a fait de la  France,  le premier pays européen à s’être doté d’un dispositif spécifique de prise en charge des mineurs à leur retour de zone. L’instruction  prévoit un dispositif de prise en charge spécifique qui s’appuie largement sur le droit commun tout en mettant en œuvre des dispositions innovantes avec : le recours à des mesures de protection de l’enfance ; la mise en place systématique d’un bilan somatique et médico-psychologique; un suivi au long cours spécifique des mineurs à partir des ressources régionales identifiées par les ARS; une coordination des services impliquées dans le suivi et la prise en charge des mineurs;  une offre de formation spécifique à partir des besoins évalués auprès des professionnels assurant les prises en charge. L’instruction prévoit également de regrouper les fratries de retour de zone sur un lieu unique de placement.

 

La prise en charge des personnes radicalisées sous main de justice

Le milieu carcéral constitue un vecteur de  diffusion d’idées radicales avec l’augmentation  du nombre d’individus incarcérés pour des infractions terroristes en lien avec l’islam radical. Fin  2017, sur près de 70.000 détenus en France on comptait 500 personnes incarcérées (en attente de jugement ou déjà condamnées) pour des faits de terrorisme et environ 1200 personnes poursuivies ou condamnées pour des faits de droit commun mais repérées comme radicalisées. Aussi, le ministère de la Justice a initié plusieurs programmes, en milieu ouvert et en milieu fermé, afin de d’apporter des réponses plurielles à ce phénomène . Deux étapes sont menées :

  • l’évaluation des personnes détenues pour des faits de terrorisme avec les dispositifs d’évaluation de la radicalisation dans les Quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) où les détenus passent 4 mois et les évaluations par les SPIP en milieu ouvert
  • l’affectation de ces détenus dans des structures correspondantes à leur évaluation tels que  les Quartiers de Prise en charge de la Radicalisation (QPR) et les Quartiers d’isolement  en milieu fermé et le programme RIVE ( Recherche et intervention sur les violences extrémistes) en milieu ouvert.

Plusieurs mesures du PNPR viennent renforcer ces dispositifs  :  1 500 places vont être créées dans des quartiers étanches, exclusivement dévolus aux détenus radicalisés, dont 450 d’ici fin 2018; un  doublement des capacités d’évaluation (QER) est prévu en 2018 avec l’ouverture de 3 nouveaux quartiers d’évaluation de la radicalisation (soit 7 au total) et la création de nouveaux  quartiers de prise en charge QPR ( soit 4 au total).  Au total, 78 établissements accueilleront des détenus radicalisés, avec un personnel spécifiquement formé et un niveau de sécurité élevé. Les profils particulièrement dangereux seront détenus dans 2 nouveaux  « quartiers pour détenus violents » qui garantiront une étanchéité totale. Le programme expérimental RIVE sera quant à lui étendu dans 3 nouvelles villes (Marseille, Lyon et Lille) .